[Comptabilité][Finance] Le compte de résultat

Introduction

Connaître son patrimoine, c’est bien. Dans l’article précédent, portant sur le bilan, nous avons vu comment est organisé le bilan, et comment faire pour organiser ses actifs et d’où ils proviennent. C’est bien beau, mais ça ne dit pas quelque chose d’essentiel : combien vous avez gagné? En 2017, mon ami Yannick, qui était présent avec nous chaque jour dans une salle de jeux, a constaté la chaleur torride qui régnait dans la pièce, et le fait qu’on était à la merci des vendeurs de boissons à la sauvette. Il a vu le besoin et a donc décidé de se lancer dans un commerce de jus d’oseille, encore appelé « foléré ». La première année (2017), il a fonctionné un peu au jugé, sans vraiment contrôler ses dépenses et recettes. Ayant quand même obtenu un léger bénéfice, il a décidé de faire un état de ses entrées et sorties. Heureusement, les comptables ont pensé aux gens comme lui, en mettant au point le compte de résultat. Aujourd’hui, nous allons discuter de ce qu’est le résultat, comment l’obtenir et comment l’analyser.

NB : Le gros de cet article a déjà été vu dans la section 1 de celui sur les soldes de gestion  (lien ici). Mais il sera approfondi ici.

Section 1 : compte de résultat en comptabilité générale

Il faut ici distinguer le résultat du compte de résultat. Si le résultat est le bénéfice qui est dégagé sur une année, le compte de résultat est un état sous forme de tableau, qui donne les détails des charges et produits permettant d’obtenir ledit résultat.

En comptabilité générale, le compte de résultat est un document obligatoire, faisant partie des trois principaux états financiers (documents présentés à l’administration fiscale pour les impôts). Voici un compte de résultat vierge (comptabilité générale) que reçoit Yannick :

Compte de résultat dans le plan comptable OHADA.

Ça a l’air compliqué à première vue… Mais nous allons l’aider à remplir ce tableau, en faisant l’état des charges et produits dans un premier temps, en remplissant les champs correspondants dans un deuxième.

I- Charges et produits

Voici le gros de l’activité en 2018 :

1- Charges

  • Pour les fabriquer son foléré, Yannick a besoin avant tout de matériel de fabrication : une grande marmite (20 000), un réchaud (25 000) et une bouteille de gaz (10 000), le tout en plus d’ustensiles (louche, tamis…) totalisant 25 000. Yannick a au total 80 000 FCFA de matériel dont il se servira pour de nombreuses années. Ce sont elles les immobilisations. Ce matériel est fait pour fonctionner pendant 5 ans. Cependant, on a aussi appris que les immobilisations ne sont pas des charges. Ce qui constitue des charges, c’est les amortissements (nous expliquerons davantage ce que c’est en section 2).

Amortissement (linéaire) = Coût d’acquisition / Durée prévue d’utilisation

Amortissement : 80 000 / 5 = 16 000 FCFA

  • Pour la fabrication, il a fallu de la matière première : feuilles de foléré (335 200), sucre (150 000) et ananas (177 000), soit au total 662 200 FCFA;
  • De l’eau. Aussi bien pour fabriquer le produit que pour nettoyer les bouteilles qui ont été ramassées. La facture annuelle de CAMWATER s’est élevée à 57 200 FCFA. En plus, il a fallu du gaz pour mettre dans la bouteille (50 700). Enfin, il a eu besoin de savon pour le nettoyage de bouteilles (5000). Il totalise 112 900 FCFA de ce qu’on appelle les autres achats;
  • Pour ses prestations et ses virées au marché, Yannick a dépensé la modique somme de 55 000 FCFA de transport;
  • Il a payé un total de 50 000 FCFA comme honoraires (un service extérieur) à un type qui lui livrait les bouteilles ramassées chaque week-end;
  • Il a payé 25 000 d’impôt libératoire et 25 000 de licence pour vente de boissons, pour un total de 50 000 FCFA d’impôts et taxes;
  • Son petit frère s’est occupé du remplissage et de la conservation des bouteilles pour un salaire de 2 000 FCFA par semaine. De plus, il ne vend que trois semaines sur quatre et la quatrième, il a confié la vente à un autre joueur de la salle, pour 5 000 FCFA par mois. Cela fait donc annuellement 169 000 FCFA de charges de personnel;
  • Pour financer ses activités en début d’année, il a emprunté 100 000 FCFA auprès d’Advans, une microfinance. Il leur a reversé 110 000 FCFA. Comme on l’a vu dans la section 2 de l’article sur les soldes de gestion, le remboursement d’un emprunt n’est pas une charge. Ce qui est une charge par contre, c’est les intérêts sur prêt, qui en l’occurrence sont de 10 000 FCFA.
  • La valeur des stocks de matières premières en plus en 2018 est de 5 000 FCFA. Celle des bouteilles vides est de 1 000 FCFA.

2-  Produits

  • Yannick vend ses bouteilles à 125 FCFA pièce. Il est en quasi-monopole, et les joueurs de la salle doivent choisir entre interrompre leurs parties et aller loin pour acheter des rafraîchissements, ou accepter le prix un peu plus élevé que d’habitude. Pour 25 FCFA de plus seulement, le choix est vite fait. Yannick a alors vendu un total de 20 bouteilles les jours de semaine et 40 bouteilles les week-ends. Soit 4680 bouteilles vendues et un chiffre d’affaires de 1 170 000 FCFA sur ses produits;
  • Certaines soirées, il est allé dans des anniversaires et autres fêtes pour fabriquer du foléré pour les particuliers. En 2018, il a totalisé 250 000 FCFA de chiffre d’affaires sur les prestations de service de ce genre;
  • En Janvier, il a vendu le réchaud de secours qu’il utilisait auparavant, ce dernier ne lui étant plus utile. Il a trouvé preneur à 20 000 FCFA.

II- Présentation du compte de résultat

Comme expliqué dans l’article sur les soldes de gestion, les charges viennent en diminution des produits, et c’est ce qui reste après cette soustraction qui constitue le bénéfice (résultat positif) ou perte (résultat négatif). Après avoir relevé toutes les opérations, on peut enfin remplir le tableau plus haut.

Compte de résultat de Yannick.

Au final, après 4680 bouteilles, Yannick a obtenu un résultat net de 309 650 FCFA. Tandis que nous perdons notre temps à jouer à Call of Duty ou à FIFA, notre ami se fait pas mal d’argent!

III- Compte de résultat dans le SMT

Le compte de résultat est légèrement complexe. Mais en réalité, Yannick peut se permettre d’en utiliser une version simplifiée. Dans l’article sur le bilan (lien ici), nous avions vu le bilan dans le SMT (système minimal de trésorerie), pour les entreprises ayant un petit chiffre d’affaires. Avec 760 000 FCFA et 1 420 000 FCFA respectivement en 2017 et 2018, Yannick a alors droit à ce compte de résultat très simplifié.

Compte de résultat de Yannick dans le SMT.
Compte de résultat de Yannick dans le SMT.

Comme Yannick, si vous avez un petit commerce, une petite activité de ce genre, vous avez le droit d’utiliser ce compte de résultat très simple. Et pas besoin de trafiquer vos charges et produits comme les grandes sociétés : contrairement à elles, vous n’aurez à payer qu’un petit impôt, appelé impôt libératoire allant de 25 000 FCFA (pour les très petits chiffres d’affaire) à 100 000 FCFA (pour les chiffres d’affaires atteignant 10 000 000 FCFA). Nous y reviendrons dans un prochain article.

Cela dit, pour 2019, il aimerait améliorer la performance de ses activités. Si ce pactole est pas mal, ce n’est pas assez pour en faire son activité principale. Une analyse de son compte de résultat est nécessaire, pour s’avoir où faire mieux. Une analyse financière.

Section 2 : analyse financière du compte de résultat : les SIG

Vous voyez les lignes en bleu dans le compte de résultat? Il s’agit (à part le chiffre d’affaires) de ce qu’on appelle des soldes intermédiaires de gestion. Nous les avions vus en surface dans l’article sur les soldes de gestion. Comme promis dans ledit article, nous allons enfin les approfondir.

I- Marge

Le tout premier solde est appelé la marge. Dans le compte de résultat, on voit la marge commerciale, c’est-à-dire ce qu’on gagne en revendant les marchandises qu’on a achetées (donc chiffre d’affaires – coût d’achat).

Sauf qu’une entreprise commerciale est une entreprise qui achète des produits pour les revendre. Ce n’est pas ce que fait Yannick, qui lui achète des matières premières, les transforme, puis vend des produits finis. Yannick est dans une entreprise industrielle. La marge qui correspond à ce type d’entreprise est appelée marge sur matières (MM).

Malheureusement, le compte de résultat du SYSCOHADA révisé n’affiche pas cette marge, et Yannick doit la calculer manuellement.

Marge brute sur matières = Vente de produits fabriques (1 170 000) + Production stockée (750) + Production immobilisée (0) – Achat de matières premières (662 200) – Autres achats (112 900)

Marge sur matières = 395 650 FCFA.

Ainsi, rien que sur la vente de foléré et l’achat des éléments nécessaires, s’est fait un peu moins de 400 000 FCFA. Il pourra comparer ses résultats à ceux des autres vendeurs de foléré afin de savoir s’il est performant. En principe, il devrait l’être vu qu’il vend la bouteille à 25 FCFA de plus que la concurrence.

II- Résultat d’exploitation et ses composantes

Cependant, ce n’est pas que via la vente de foléré que Yannick s’est fait de l’argent. Et ce n’est pas que via l’achat des matières premières qu’il a dépensé. D’autres éléments entrent en jeu afin d’estimer quelle valeur a été créée. La valeur ajoutée (VA) représente cet indicateur.

Valeur ajoutée = Encaissements d’exploitation – Décaissements d’exploitation (sauf les charges de personnel)

Dans le compte de résultat, cela correspond à toutes les charges et produits compris entre TA et RJ (dans la colonne intitulée « REF»). L’activité a une VA de 484 650 FCFA. Elle est supérieure à la marge sur matières, et démontre que les activités annexes (ses prestations de service dans les soirées) couvrent le transport, les impôts et la rémunération du ramasseur de bouteilles.

Si par contre dans la formule précédente, on compte les salaires, on obtiendra ce que l’on appelle l’excédent brut d’exploitation (EBE). Il s’agit de l’un des indicateurs les plus importants, car il montre la trésorerie potentielle nette (en comptant les variations de stocks) qui a été créée par l’activité.

Excédent brut d’exploitation = VA – charges de personnel

Ainsi, du fait de sa seule activité de vente de foléré, Yannick a empoché 315 650 FCFA.

Si l’EBE indique quelle trésorerie potentielle est générée par l’activité, il doit bien y avoir un indicateur qui prend en compte les autres types de charges et de produits. Ceux qui ne provoquent pas de mouvements de trésorerie. Il y en a deux types :

  • Chaque année, la qualité de son réchaud s’érode. Quand il est flambant neuf, ce réchaud peut être revendu à un prix très proche de son coût d’acquisition. Mais avec les années qui vont passer, le réchaud va se détériorer et s’il est vendu à 4 ans d’âge, avec les chances très élevées qu’il ne fonctionne plus correctement voire tombe régulièrement en panne, il ne pourra être vendu qu’à une fraction de son prix d’acquisition. Cette perte de valeur annuelle, est appelée amortissement. Les amortissements sont donc des charges. Mais des charges sans dépenses;
  • Si en fin d’année, une femme s’installe en face de la salle de jeux vidéo et vend aussi du foléré, l’argument de vente de Yannick risque de s’effondrer et il pourrait ne plus facturer ses bouteilles à 125 FCFA, à moins de perdre la quasi-totalité de ses clients. En conséquence, la valeur de ses produits va très probablement s’effondrer en 2019. Selon le principe comptable de prudence, Yannick devra constater une charge sans dépense pour compenser la perte de valeur anticipée de ses bouteilles. Cette charge non décaissable est appelée provisions.

Ainsi, en incluant ses charges non décaissables (et leurs contreparties : les reprises d’amortissements et de provisions, qui sont des produits sans encaissement d’argent), On aura enfin le solde représentatif de toute l’activité d’exploitation du foléré. Ce solde est appelé le résultat d’exploitation (RE).

Résultat d’exploitation = EBE – Amortissements et provisions + Reprises d’amortissements et de provisions

Au final, Yannick a un bénéfice sur exploitation de 299 650 FCFA. Les amortissements de son matériel lui ont pris un peu d’argent, mais il est toujours dans le vert.

III- Résultat financier et résultat sur activités ordinaires

Dans une entité, l’activité d’exploitation est une chose. Mais ce n’est pas la seule chose qui entre en jeu. Il y a ce qu’on appelle l’activité financière. Elle concerne tout ce que l’entité fait avec d’autres entités extérieures à elle, et qui ne concernent pas l’exploitation. Ces entités peuvent être :

  • La banque ou microfinance : intérêts sur l’argent qu’on a emprunté (comme les intérêts de 10 000 FCFA de Yannick) ou qu’on a prêté;
  • Les actions et obligations : revenus de (ou pertes sur) placements, dividendes perçus;
  • Les fournisseurs et clients : gains ou pertes de change (si l’entité est à l’étranger), escompte;
  • Etc.

Le solde ici est appelé résultat financier (RF).

Résultat financier = Produits financiers – Charges financières

Yannick a un résultat financier négatif, dû à l’intérêt de 10 000 FCFA qu’il a dû verser. Mais qu’il ne s’inquiète pas : même dans les PME, l’activité financière est assez embryonnaire au Cameroun et le résultat financier est très souvent nul ou négatif. Si par contre c’était une grande entreprise, un tel résultat devrait être assez inquiétant.

L’activité d’exploitation et l’activité financière sont considérées comme communes à toutes les entreprises. Elles sont englobées dans ce qu’on appelle l’activité ordinaire, à travers le résultat sur activités ordinaires (RAO).

Résultat sur activités ordinaires = RE + RF

Yannick a un RAO de 289 650 FCFA. Étant donné sa situation de gérant d’établissement, il n’y a pas de commentaire spécifique à avoir ici (comme précisé en commentaire du résultat financier).

IV- Résultat hors activité ordinaire et résultat net

Il se trouve que Yannick a vendu son réchaud de secours, estimant qu’il n’en aurait pas besoin. Le réchaud étant un matériel entrant dans la fabrication du foléré, le vendre n’est pas considéré comme quelque chose qu’il ferait habituellement. En effet, s’il se mettait à vendre son matériel souvent, il ne pourrait plus rien produire après… Tout ce qui, comme la vente de son matériel, constitue une transaction exceptionnelle (dons, abandons de créances, subventions d’équilibre…), est à ranger dans le résultat hors activité ordinaire (RHAO).

Résultat hors activité ordinaire = Produits HAO – Charges HAO (sauf participation des travailleurs et impôt sur le résultat)  

Yannick a un RHAO de 20 000 FCFA. Cela sert à voir quelle proportion du résultat final relève d’une bonne gestion et laquelle relève d’événements hasardeux ou exceptionnels qui ne se reproduiront plus.

Après tout cela, on arrive donc au solde final, le résultat net (RN).

Résultat net = RAO + RHAO – Participation des travailleurs – Impôt sur le résultat

Yannick étant le seul propriétaire de son établissement, son personnel ne peut pas participer au capital. De même, étant au régime de l’impôt libératoire, il ne paye pas d’impôt sur le résultat.

Il se retrouve donc à 309 650 FCFA. On retrouve le résultat qu’on aurait obtenu en faisant juste produits moins charges. Mais comme vous l’avez constaté, les soldes intermédiaires de gestion sont des soldes en cascades qui permettent de décortiquer et d’analyser plus en profondeur le résultat qu’on a obtenu.

Schéma du cheminement des SIG.
Schéma du cheminement des SIG.

Légende :

1 : PF =Produits financiers

2 : CF = Charges financières

3 : RAI = Résultat avant impôts

Conclusion

À la fin de cet article, nous avons vu les points suivants :

  • En section 1, le compte de résultat et comment on fait pour le remplir;
  • En section 2, l’analyse financière du compte de résultat, avec les soldes intermédiaires de gestion.

Au final, on se rend compte que remplir cet état financier n’est pas particulièrement compliqué. Mieux, un état simplifié peut même être utilisé pour les petits commerces comme celui que fait Yannick. Cependant, l’analyse par les SIG n’a pas été très concluante. Il se fait de bonnes marges, mais son chiffre d’affaires est limité par le nombre de clients qui viennent en salle chaque jour. Il peut faire plus de prestations chez les particuliers, mais ce serait au prix de son temps libre, consacré à ses études. Enfin, l’activité financière est totalement absente, mais il ne peut pas faire grand-chose avec un établissement. Heureusement pour lui, il existe une dernière solution pour régler son problème. Et cette solution va au-delà de la comptabilité conventionnelle que nous connaissons tous. Mais ça, ce sera pour le prochain article.

Sources :

OHADA, «Résultat net de l’exercice», http://www.ohada.com/actes-uniformes/693/721/compte-13-resultat-net-de-l-exercice.html



Auteur : Dimitri Ken DJAMEN
Diplômé d'une école de commerce camerounaise, je mets mon expertise à contribution à Elite Hive, en tant que directeur financier mais aussi rédacteur d'articles. Mes écrits sont des articles de vulgarisation, destinés même à un profane du domaine. Mais ils ont aussi une visée pédagogique pour les professionnels, qui ont des difficultés sur certaines notions ou veulent se rafraîchir la mémoire. Pour du contenu un peu plus général, j'ai un profil Quora très actif/ où je réponds aux questions des utilisateurs sur divers domaines. https://fr.quora.com/profile/Dimitri-Ken

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