[Finance] Trésorerie et gestion

Introduction :

Vous connaissez désormais la trésorerie. Ses spécificités, comment on l’obtient, comment on la décortique. C’est bien beau, tout ça. Mais comment on fait pour s’assurer d’avoir suffisamment de flux de trésorerie d’exploitation pour combler les investissements et payer les dividendes ? Comment on fait pour ne plus avoir tout le temps des tensions de trésorerie ? Aujourd’hui, nous allons parler d’Andy, fraîchement engagé à la société DroneLiv SA, en tant que trésorier. Nous verrons d’abord ce qu’est la gestion de la trésorerie, puis nous allons nous attarder sur ses deux rôles majeurs : prévisions d’abord, gestion des fluctuations ensuite.

NB : Cet article fait suite à un autre, trésorerie et résultat, qui doit être lu pour mieux appréhender celui-ci (lien).

Section 1 : gestion de la trésorerie

Nous allons parler d’un métier qui est somme toute assez peu connu : celui de trésorier.

I- Définition

La gestion de trésorerie regroupe l’ensemble des décisions, règles et procédures qui permettent d’assurer au moindre coût le maintien de l’équilibre financier instantané de l’entreprise. Ok… En français facile, il s’agit des moyens de s’assurer que l’entreprise n’ait pas de tension de trésorerie (il n’y a pas assez de cash pour régler tous les créanciers de l’entreprise), et que l’entreprise améliore sa rentabilité grâce à sa fonction financière (en utilisant correctement ses excédents). C’est donc un métier très important. Et pourtant…

II- Contre-indications du métier

Gestion de la trésorerie en entreprise.

Dans l’idéal, la gestion de la trésorerie est censée être effectuée par un trésorier attitré dans les structures d’une certaine taille, ou au pire, par le responsable financier dans les PME. Mais au Cameroun, force est de constater qu’elle est confiée :

  • Au caissier. Dans l’acception populaire, le trésorier c’est celui qui garde l’argent, celui qui décaisse et encaisse, celui qui va chercher l’argent à la banque et déposer les chèques… On ne peut plus faux. De plus, ce n’est pas prudent que celui qui prend la décision de décaissement soit aussi celui qui décaisse ;
  • Au comptable. Monsieur tout le monde va croire que la fonction de trésorerie n’est qu’une extension de la compta. Malheureusement, c’est une grosse erreur : le comptable, c’est celui qui est prudent, celui pour qui la perspective d’une perte doit être un cauchemar. Le trésorier est un financier. En d’autres termes, son boulot est de prendre des risques pour maximiser la rentabilité. Il y a donc incompatibilité.

III-Ce qui s’est passé avant qu’Andy n’arrive

DroneLiv SA (société fictive inventée dans mon article sur les associés et leurs dividendes – lien) a réalisé un résultat de 40 000 000 FCFA après impôt en 2021. C’est génial ! Le 2 Janvier 2022, le comptable constate, en passant les écritures dans le journal des à nouveau, que l’entreprise a 28 000 000 FCFA en banque et 2 000 000 FCFA en caisse. Pas de problème. Ça permettra de se prémunir contre les imprévus. Déjà, il se débarrasse d’une dette : l’impôt sur les sociétés et la TVA due, de 20 000 000 FCFA au total. Il avait encore respectivement 2 mois et 15 jours pour les payer, mais il a l’habitude de toujours régler les impôts dès que l’entreprise a une trésorerie suffisante, de manière à pouvoir toujours éviter les sanctions.

En fin Mars, la direction veut acquérir un conteneur de drones à 50 000 000 FCFA – peu cher par rapport à d’habitude –  mais la baisse des livraisons de drones, habituelle en début d’année, a eu un impact sur les capacités de soulever des fonds. Et le fournisseur refuse de négocier. Dommage.

Le 23 Juin 2022, catastrophe : un gros client qui devait déjà rembourser il y a 1 mois, vient de déclarer faillite. La créance de 15 000 000 FCFA est quasiment perdue. L’assemblée générale ordinaire a tablé sur une répartition de 22 545 000 FCFA de dividendes nets, mais seulement 10 000 000 FCFA sont disponibles. La perte de la créance a vraiment tout gâché. Le comptable parvient à prendre un découvert de 10 000 000 FCFA, à un taux prohibitif (15%). Seuls 15 000 000 FCFA sont distribués, L’entreprise attend d’autres encaissements avant de pouvoir distribuer le reste. La direction va couper dans les salaires pour compenser. Les actionnaires sont furieux et demandent le scalp du responsable. Le comptable est viré…

Viré pour mauvaise gestion de la trésorerie.

À la fin de cet article, vous comprendrez ce que DroneLiv SA a fait de mal.

Section 2 : prévisions de trésorerie

Le premier rôle de la gestion de la trésorerie, c’est de faire des prévisions et des budgets. Une entreprise établit très souvent des stratégies, donc des plans pour réaliser des objectifs à long terme. Or, par un phénomène appelé effet de trésorerie, toute décision passée, présente ou future a toujours un impact sur les liquidités disponibles.

I- Prévision à long terme

Andy est engagé à DroneLiv en tant que trésorier. Dès son arrivée en Juillet, il demande une réunion avec le directeur financier et le directeur général. Il réclame les données sur le programme d’investissements et leur politique financière sur les 3 prochaines années. En vertu de ces informations, il travaille 1 mois avant d’établir un plan de financement. Ce document permet d’estimer les décaissements et les encaissements sur les 3 prochaines années.

Plan de financement.

Le plan de financement a un rôle stratégique. Il permet de valider les stratégies employées par les autres postes, et sert à estimer si elles (stratégie marketing, stratégie financière…) permettent de maintenir une bonne trésorerie sur le long terme.

Et les couleurs ? Les flux de trésorerie sont classés en exploitation (en vert), investissement (en jaune) et financement (en bleu). Comme vu dans mon dernier article. Le plan de financement est donc juste ça, une décomposition des différents flux par provenance. Si mes enseignants me l’avaient expliqué comme ça…

NB : Il est vrai que j’ai démontré que le flux de trésorerie d’exploitation ne se limite pas à la CAF et à la variation du BFR (lien de la démonstration), mais par souci de convention, nous allons nous en tenir à la formule usuelle. Il vous suffira d’utiliser les valeurs comptables (et non flux de liquidités) des investissements et des financements. Les provisions, très marginales, ne seront pas considérées…

II- Prévision à moyen terme

En Novembre, une nouvelle réunion est organisée afin d’établir les budgets de l’année 2023. Après les budgets d’investissements, de ventes, d’approvisionnement… Il est ainsi temps de voir leur traduction financière : le budget de trésorerie.

Schéma du budget de trésorerie.

Voici un extrait du budget de trésorerie des 3 premiers mois de l’année :

Budget de trésorerie.

À la fin d’année, Ce qui est affiché dans ces prévisions sera comparé aux réalisation, et un calcul d’écarts sera effectué pour améliorer les prochaines prévisions. C’est donc un outil tactique, ou un outil de contrôle.

III-Prévision à court terme

Dès la première semaine de 2023, Andy doit planifier les flux de trésorerie de la semaine. Pour cela, il se sert d’un plan de trésorerie, une version court terme du budget de trésorerie. Ici, il utilise surtout des valeurs réelles, car à très court terme, il connait les montants qui arrivent et qui seront décaissés au jour le jour. Enfin, seuls les instruments de paiement sont pris en compte.

Plan de trésorerie.

Via le plan de trésorerie, Andy va suivre les flux de liquidité et vérifier si les réalisations s’alignent avec les prévisions. C’est donc un outil de pilotage.

Les prévisions de trésorerie interviennent donc à trois niveaux : stratégique (plan de financement), tactique (budget de trésorerie) et opérationnel (plan de trésorerie). Si ces prévisions avaient été faites l’année d’avant, DroneLiv aurait peut-être acquis la machine à 50 000 000 FCFA. Et surtout, il n’y aurait pas eu une telle difficulté à payer les dividendes. 

Section 3 : gestion des fluctuations de trésorerie

En gestion de la trésorerie, il y a ce qu’on appelle la règle de trésorerie 0 : dans l’idéal, les disponibilités doivent toujours être nulles. Si elles sont négatives (l’entreprise ne peut pas régler ses fournisseurs), alors l’entreprise va supporter ce qu’on appelle coûts de la dette (les intérêts qui devront être payés pour régler ce déficit). Si elles sont positives, alors l’entreprise va supporter des coûts d’opportunité (explication plus bas). Ça c’est en théorie. En pratique, on préfère avoir toujours un surplus de trésorerie pour prévenir le risque d’illiquidité.  

I- Gestion des déficits

Gestion de la trésorerie : déficits.

Le but de cette gestion est de régler des problèmes de liquidité tout en minimisant l’impact sur la rentabilité (à cause des coûts de la dette). Penchons-nous, comme Andy, sur les solutions qui se seraient offertes à DroneLiv pour résoudre son problème de déficit de trésorerie, et ainsi pouvoir acquérir la machine et payer les dividendes.

1-  Crédit interentreprises

La meilleure manière de résoudre un problème de règlement de dette est d’en allonger la durée de règlement ! Si vous avez prévu de régler une entreprise le 15 Août, vous pouvez négocier avec le fournisseur pour qu’il vous permette de régler le 15 Septembre. Plus tôt c’est fait (vous prévenez le 2 Août au lieu du 14 Août) et plus le fournisseur aura de chances d’accepter, parce que de son côté il aura plus de marge de manœuvre pour s’adapter à la nouvelle situation. Grâce à un budget de trésorerie, DroneLiv aurait donc pu anticiper le futur déficit très tôt, et donc mettre toutes les chances de son côté pour obtenir le crédit pour l’acquisition du conteneur.

2-  Avance de règlement des clients

Vous pouvez aussi secouer les arbres du côté de vos clients. Ici, il suffit de leur proposer de payer en avance en échange d’une ristourne (en français facile, un rabais). Plus la date de règlement anticipée sera proche, et plus le montant de la ristourne sera élevé. Vous avez donc aussi intérêt à vous y prendre le plus tôt possible.

3-  Crédits de trésorerie

C’est la solution que DroneLiv a privilégiée lorsqu’elle s’est retrouvée à devoir payer des dividendes. La banque peut vous octroyer un crédit de trésorerie, c’est-à-dire vous permettre d’utiliser de l’argent que vous n’avez pas dans votre compte. Voilà pourquoi vous voyez souvent certains avoir un solde de -60 000 FCFA sur leur relevé bancaire.

Les crédits de trésorerie ont plusieurs périodicités. On distingue les crédits spots (quelques heures), les crédits courriers (quelques jours), les facilités de caisse (quelques semaines) et les découverts bancaires (jusqu’à une année).

Comme d’habitude, plus tôt vous négociez (donc meilleures sont vos prévisions), mieux vous aurez de chances d’obtenir un crédit de trésorerie ou d’avoir un taux d’intérêt intéressant. DroneLiv s’y étant pris tard, elle avait un pouvoir de négociation faible, et en vertu de cela, la banque leur a imposé un taux prohibitif. Qui aurait pu être 2 à 3 fois moins élevé si la négociation s’était faite des mois plus tôt.

4-  Vente de créances

Une entreprise vous doit de l’argent ? Pas de problème : il vous suffit de mettre la créance en vente et de toucher l’argent tout de suite. Enfin, pas vraiment. Ce que vous allez toucher sera toujours inférieur au montant de la créance (par exemple, elle peut valoir 300 000 FCFA et vous touchez 250 000 FCFA). Pour plus de détails sur le bien fondé de la vente de créances et des modalités de fixation du prix, voici ma réponse Quora sur le sujet (lien).

Il y a trois manières par lesquelles vous pouvez vendre vos créances :

  • Effets de commerce. C’est la méthode la plus utilisée. Vous allez à la banque et par un processus appelé mobilisation de créance commerciale, elle vous reverse de l’argent tout de suite et devient le nouveau créancier ;
  • Affacturage. Exactement la même chose, à la différence qu’à la place de la banque, c’est plutôt une entreprise appelée factor qui sert d’intermédiaire ;
  • Marchés secondaires d’obligations. Les obligations représentent des créances financières qu’une entité (personne ou entreprise) à sur une entité emprunteuse (entreprise ou État). Sur les marchés secondaires (ou marchés d’occasion) d’obligations donc, vous pouvez vendre ces obligations et obtenir un règlement instantané.

II- Gestion des excédents

Thésauriser son argent (le conserver quelque part et ne rien en faire), est un non-sens. Il devrait tourner et servir à en gagner davantage. La thésaurisation a un coût implicite, c’est-à-dire toutes les opportunités que vous ne saisissez pas pour faire fructifier son argent. Enfin, à cause de l’inflation, l’argent que vous allez sous votre matelas perdra continuellement en valeur avec le temps qui passe. La gestion de ces excédents s’appelle le placement.

Avant de faire faire un placement, il est important de faire d’abord un arbitrage entre rentabilité et solvabilité (nous y reviendrons dans le prochain article. Mais pour ceux qui veulent s’avancer… lien), puis un arbitrage entre rentabilité et risque (comme toute action en finance). Exemple. Quand le comptable décide en Janvier de régler en avance ses impôts, quelle est la rentabilité attendue ? Nulle. Quel est le risque de non rentabilité ? Total. Ce n’était clairement pas un bon placement… Il a mis à sac la trésorerie de l’entreprise pour rien. Nous allons évoquer quelques placements plus judicieux. Plusieurs d’entre eux ne seront que le miroir des moyens de gestion de déficit évoqués plus haut.

Pour la suite, je vais utiliser la notation suivant : (Rt ; Rq), pour dire respectivement, rentabilité attendue et risque de non rentabilité.

1-    Crédit interentreprises (nulle ; total) et avance de règlement des dettes (faible, faible)

Le crédit interentreprises ne semble pas être une bonne idée pour l’entreprise qui octroie ce crédit, car elle ne peut pas facturer d’intérêt (seuls les établissements financiers ont ce droit). Mais c’est un bon moyen d’améliorer les relations avec l’entreprise qui reçoit le crédit, donc une rentabilité à très long terme est plus ou moins attendue. Le règlement d’avance quant à lui, permet d’économiser un peu d’argent sur ce qui devait être dépensé grâce aux ristournes.

Crédit interentreprises.

2-  Prêts aux banques (dépôt à terme) et aux entités (obligations) (faible ; faible)

Un dépôt à terme est en langage courant, une épargne faite auprès des banques. Vous leur versez de l’argent, et elles vous remboursent après un certain nombre d’années et à un taux négocié d’avance. Il s’agit du placement le plus sûr, donc le moins rentable.

Pour les obligations, vous avez deux marchés :

  • Marché du primaire, où de nouvelles obligations sont émises. Les taux, fixés par les entités émettrices, tournent souvent autour de 5%. Pas très rentable, mais en général elles sont sûres ;
  • Marché du secondaire ou marché d’occasion, où des entités ayant besoin d’argent tout de suite, choisissent d’y vendre leurs obligations. La rentabilité ici est légèrement plus élevée, car ici ce n’est pas le vendeur qui fixe le prix.

3-  Spéculation boursière (variable ; variable)

Vous pouvez acheter des actions dans un marché boursier, primaire comme secondaire, attendre que le cours de ladite action augmente et enfin la revendre lorsque son cours atteint une valeur que vous jugez satisfaisante. Il s’agit ici de spéculation boursière, et le couple rentabilité-risque ici dépendra exclusivement de vos compétences en finance de marché, de l’entreprise qui a émis les actions et d’un facteur hasard important. En Afrique centrale, on acquiert des actions à la BVMAC, située à Douala.

Spéculation boursière.

4-  Placement en devises et en cryptomonnaies (élevée ; élevée)

Une devise est une monnaie étrangère et la cryptomonnaie, un type de monnaie électronique tel que le bitcoin ou l’eutherum. Elles peuvent avoir deux utilités :

  • Spéculation. Comme plus haut donc, sauf que le facteur « entreprise émettrice » n’existe pas, ce qui augmente drastiquement le risque ;
  • Valeur refuge. Pour prévenir le risque de change (les valeurs de monnaies qui augmentent et diminuent, gonflant ainsi souvent les dettes et diminuant les créances à l’étranger) lorsque vous faites des échanges à l’international, vous pouvez envoyer votre argent dans une banque étrangère ou dans un établissement financier spécialisé. La rentabilité et le risque sont moyens, car à court terme, vous vous privez quand même de capitaux que vous auriez pu utiliser sur autre chose.

Le marché des devises s’appelle le Forex, et le marché des cryptomonnaies la Blockchain.

Conclusion :

Dans cet article, nous avons vu:

  • En section 1, une présentation de la gestion de la trésorerie ;
  • En section 2, les prévisions de trésorerie ;
  • En section 3, la gestion des fluctuations de trésorerie.

Il est indéniable que DroneLiv s’en sortira désormais bien mieux maintenant que pour diriger la trésorerie, ils disposent d’un… spécialiste de la trésorerie. Cela semble évident comme ça, mais la réalité est que cette entreprise est loin d’être la seule grande entreprise à décider de se passer des services d’un trésorier, voire à confier la trésorerie à un comptable. Il m’a été dit qu’il n’y a pas plus de 50 trésoriers dans tout le Cameroun. Il en résulte donc un climat des affaires où l’argent, plus même que la rentabilité, est devenu le nerf de la guerre, et où les banques ont très peu confiance. Après tout, une entreprise peut fonctionner des années à perte, mais ne fera pas six mois sans trésorerie. Dernière chose. Nous avons brossé les décisions de placement et résolution de déficits. Dans la réalité, c’est loin d’être aussi simple. Des arbitrages doivent être faits, aussi bien par l’entreprise que par les autres acteurs (fournisseurs, banque, factor…) Une analyse financière s’impose donc toujours. Ceci sera l’objet du projet chapitre.

Sources

Nathalie Gardes, « Gestion de trésorerie », sans date

Dimitri Djamen, Patricia Tibizing, « Enjeu de la gestion de la trésorerie dans les PME camerounaises », 2019

Djamen et al., « Thème : Les placements de trésorerie – Techniques et outils de gestion des excédents de trésorerie », 2019

Bruslerie, Eliez, Catherine, « Trésorerie d’entreprise : Gestion des liquidités et des risques », 2003.



Auteur : Dimitri Ken DJAMEN
Diplômé d'une école de commerce camerounaise, je mets mon expertise à contribution à Elite Hive, en tant que directeur financier mais aussi rédacteur d'articles. Mes écrits sont des articles de vulgarisation, destinés même à un profane du domaine. Mais ils ont aussi une visée pédagogique pour les professionnels, qui ont des difficultés sur certaines notions ou veulent se rafraîchir la mémoire. Pour du contenu un peu plus général, j'ai un profil Quora très actif/ où je réponds aux questions des utilisateurs sur divers domaines. https://fr.quora.com/profile/Dimitri-Ken

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